Défaut d’assurance automobile en France : lutter efficacement en s’inspirant du modèle allemand

  Mis à jour le  31 Mars 2026

En dépit de l’obligation légale, entre 650 000 et 680 000 véhicules circuleraient sans assurance responsabilité civile automobile en France. Cela représente 1 à 1,36 % du parc automobile.
Un fléau qui coûte cher aux automobilistes qui respectent la règle. Chaque année, plus d’une centaine de millions d’euros sont déboursés par le Fonds de Garantie des Assurances Obligatoires (FGAO). Or, ce fonds est entièrement financé par les assurés.
Malgré un renforcement des contrôles depuis 2019, et la création du Ficher des véhicules assurés, puis la systématisation de la vérification lors d’un excès de vitesse de plus de 50 km/h, en 2026, la France ne parvient pas encore à endiguer ce phénomène.
La France pourrait renforcer sa lutte contre le défaut d’assurance automobile en s’inspirant du système allemand, extrêmement efficace. En effet, d’après des estimations, seulement 11 000 à 25 000 véhicules en circulation n’étaient pas assurés en 2024.

De l’immatriculation à la résiliation : instaurer un suivi complet de l’obligation d’assurance

En France, comme en Allemagne, un véhicule non assuré n’a pas le droit de circuler. Les deux pays exigent une assurance responsabilité civile automobile dès l’immatriculation.
Néanmoins, la France et l’Allemagne ont adopté deux méthodes différentes pour contrôler cette obligation d’assurance. Quand la France réalise un contrôle effectif a posteriori uniquement, l’Allemagne exerce un suivi continu tout au long de la mise en circulation du véhicule.

France Allemagne
À la demande d’immatriculation (a priori)
Pas de contrôle effectif

Simple certification sur l’honneur de la souscription d’un contrat d’assurance automobile par le propriétaire lors de la demande d’immatriculation en ligne (site de France Titres).

Contrôle effectif

Les autorités allemandes procèdent à un contrôle effectif de l’obligation d’assurance, grâce à un « code de confirmation d’assurance électronique » transmis simultanément par la compagnie d’assurance à l’assuré, ainsi qu’aux services d’immatriculation.
Le véhicule est immatriculé si les deux codes correspondent.

Pendant la mise en circulation (a posteriori)
Contrôle effectif

Lors d’un contrôle routier par les forces de l’ordre via le Fichier des véhicules assurés (FVA) et lors d’un contrôle par un radar automatique en cas d’excès de vitesse supérieur à 50 km/h.

Contrôle effectif

Lors d’un contrôle routier par les forces de l’ordre via la base de données de la Fédération allemande de l’assurance (GDV DL).

En cas de résiliation du contrat d’assurance (a posteriori)
Pas de contrôle effectif

L’assureur modifie la date de fin du contrat d’assurance le liant à l’assuré sur le Ficher des véhicules assurés.
Ni les forces de l’ordre, ni France Titres ne sont informées de sorte que seul un contrôle routier permet de savoir qu’un véhicule n’est plus ou pas assuré.

Contrôle effectif

L’assureur informe, très rapidement, les services d’immatriculation, via la base de données du GDV DL.
Si aucun nouveau contrat d’assurance n’est souscrit dans les trois jours qui suivent le rappel de l’obligation d’assurance des services d’immatriculation, un avis de recherche est lancé. Les forces de l’ordre sont donc chargées d’immobiliser et de désimmatriculer le véhicule.

Photo d'une voiture prise depuis l'arrière gauche du véhicule et au niveau du sol

Les pistes pour renforcer le système français

Le CEC préconise plusieurs modifications législatives et réglementaires, inspirées du modèle allemand, pour compléter le Fichier des véhicules assurés (FVA) et permettre un contrôle encore plus efficace.

Imposer un contrôle effectif de l’assurance automobile lors de la demande d’immatriculation

Pour garantir qu’un contrôle effectif de l’assurance soit réalisé lors de la demande d’immatriculation, il serait judicieux d’imposer la présentation d’une preuve matérielle de la souscription. Ainsi, la certification sur l’honneur, actuellement demandée, serait remplacée par une clé d’identification électronique, comme c’est le cas en Allemagne.
Cette clé pourrait être un « code de confirmation d’assurance électronique » avec un modèle commun à tous les assureurs. Elle serait transmise par l’assureur à France Titres via le Ficher des véhicules assurés (FVA) dès la souscription d’un contrat d’assurance. Cela nécessiterait donc aussi de créer une interconnexion entre le FVA et France Titres afin que ces-derniers puissent accéder à la base de données.

Schéma de ce que pourrait être le nouveau système de contrôle de l'assurance automobile que préconise le CEC pour la France

Systématiser la notification de la résiliation d’une assurance entre les assureurs et les autorités

La fin de validité d’un contrat d’assurance automobile (notamment en cas de résiliation) est notifiée par l’assureur sur le FVA. En pratique, cela se traduit par une modification de la date d’expiration de l’assurance. Actuellement, les autorités peuvent savoir lors d’un contrôle si un véhicule est assuré en consultant le FVA. Mais elles ne sont pas directement informées de la résiliation du contrat par les assureurs, comme ça peut être le cas en Allemagne.

Ainsi, le CEC préconise d’intégrer, dans la loi,  qu’une notification soit transmise à France Titres dès qu’un contrat d’assurance est résilié et en cas d’absence de souscription d’un nouveau contrat auprès d’un autre assureur par le propriétaire dans un délai imparti.

Simplifier l’immobilisation d’un véhicule non assuré au domicile du propriétaire

Afin de ne pas devoir attendre un éventuel contrôle routier pour découvrir qu’un véhicule n’est pas ou plus assuré, le CEC préconise l’introduction d’un dispositif d’alerte. En complément de la systématisation de la notification de résiliation à France Titres, les autorités pourraient déclencher une alerte dès lors qu’un véhicule n’est plus assuré et qu’aucune nouvelle police d’assurance automobile n’a été souscrite dans un délai raisonnable. Cette alerte, reçue par les forces de l’ordre, faciliterait le travail des agents pour retrouver un véhicule, l’immobiliser et le désimmatriculer. Une méthode, là encore, mise en place en Allemagne.